jeudi 2 décembre 2010

FINANCEMENT DU COLISÉE

Faut-il ou non financer un nouvel amphithéâtre qui favoriserait le retour d’une équipe de la Ligue nationale de hockey à Québec? Ce débat est loin d’être terminé. Ne le sera-t-il d’ailleurs jamais, compte tenu de la passion qui entoure les débats sur la question?
Plusieurs opinions des deux côtés ont été émises au cours des derniers mois. Mais j’aimerais m’arrêter sur une question fort pertinente posée par mon collègue Stéphane Langdeau de RDS : « Pourquoi le privé n’injecte-t-il pas d’argent? » Il y a d’abord une question d’habitude. Depuis plusieurs années, voire quelques décennies, les autorités gouvernementales, à tous les niveaux, se mettent à genoux devant les organisations sportives afin de s’assurer de les conserver ou les attirer. Il y a donc une culture qui fait pratiquement partie des mœurs quand vient le temps de discuter de l’avenir d’une concession sportive. C’est devenu la norme que l’argent public serve à financer en grandes parties ces amphithéâtres sportifs. La perte potentielle d’une concession a fait fléchir plus d’un politicien. Compte tenu du prix à payer en cas de départ d’une équipe, nos leaders ont plus souvent qu’autrement céder devant les menaces de déménagement. C’est particulièrement vrai aux États-Unis. Ce modèle de financement est devenu une condition sine qua non aux yeux des propriétaires d’équipes.
Compte tenu de ce contexte, les dirigeants de formations professionnelles ont bien avantage à se tourner d’abord et avant tout vers les pouvoirs publics, surtout que ces derniers se sont montrés pour le moins généreux au cours des années. Mais est-ce une façon de faire qui vraiment bénéficie aux propriétaires? Pas si certain! Il y a plusieurs exemples qui démontrent que lorsque qu’une équipe est en parfait contrôle de l’édifice dans laquelle elle évolue, i.e. qu’elle en est le propriétaire, elle peut agir à sa guise sans rendre de comptes à qui que ce soit et maximiser son investissement. C’est le cas du Canadien et aussi des Leafs de Toronto. Ce fut le cas des Dodgers de Los Angeles, qui ont bâti leur propre stade. Au fil des ans, j’ai assisté à plusieurs congrès de la Society for American Baseball Research (SABR), événement où on discute de statistiques bien sûr, mais aussi beaucoup d’économie (et de bien d’autres sujets, puis-je ajouter!) Il est clair selon toutes les analyses que les équipes ont intérêt à avoir le parfait contrôle de l’endroit où ils évoluent. N’étant pas économiste de formation, je vous ferai grâce des détails à cet égard mais les conclusions des spécialistes pointent tous dans la même direction.
Quant à la pertinence d’injecter de l’argent public dans de telles aventures, là aussi les économistes s’accordent : une équipe sportive n’a peu ou pas d’impact sur l’économie locale! Claude Picher dans La Presse l’a d’ailleurs souligné à nouveau cette semaine. Andrew Zimbalist, un économiste réputé et spécialisé dans le baseball, va dans le même sens. Par contre, Zimbalist est d’avis qu’une communauté peut décider collectivement de se donner les moyens de se doter d’une infrastructure qu’elle considère essentielle au bien-être collectif, ce qui correspond en tous points à la fièvre qui entoure la ville de québec.
Qu’arrivera-t-il maintenant si Ottawa dit non? Je ne crois pas que cela change d’un iota la dynamique actuelle. Pourquoi? Parce que l’éventuel propriétaire, quel qu’il soit, est déjà assuré d’une subvention de $200 millions!! Il n'aura aucun problème à combler le reste. D'ailleurs, qui cracherait sur $200 millions, sachant que les retombées lui reviendront???

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